Les notes d'intention

de l'auteur-compositeur

Le conflit intérieur, la dissociation, le rapport à autrui et la différence sont des thèmes qui ont bouleversés ma vie depuis l’enfance.

Issu d'un mariage entre un Africain de Guinée Bissau et d’une française, je suis métis et donc très différent physiquement de mon père et de ma mère. La question de l’identité est devenu par la force des choses la quête d’une vie, qui m’a amené à aller vivre quatre années sur la terre natale de mon père, terre étrangère et lointaine pour le parisien imprégné de culture française et occidentale que je suis. Cette expérience qui au départ était un projet artistique s’est avérée être libératrice et essentielle pour comprendre qu’on ne peut aimer les autres tant que l'on ne s'aime pas soi-même. Qu’on ne peut s’aimer sans s’accepter tel que l’on est, et qu’on ne peut s’accepter sans se connaître un tant soit peu. Apprendre à mieux me connaître, c’était aussi observer mon état d’esprit et comprendre son influence sur mon expérience.

L’envie m’est donc venue d’écrire une histoire, le parcours d’un être dissocié, perdu dans le flot continu des médias, qui parvient à comprendre son influence sur le cours de sa vie, à se réconcilier avec lui-même et à s’épanouir. Je me suis rendu compte au fil du temps que l’acceptation de soi n’est pas qu’une question qui m’est propre, chaque personne connaît cette difficulté, peu importe l’origine sociale ou culturelle. C’est d’ailleurs l’idée première de ce spectacle : tout le monde pourra s’identifier au personnage. C’est le sens du terme « spectacle aristo-pop ».

Musicien de formation j’ai souhaité que la musique soit au cœur de ce spectacle mêlant pop et rock. Le théâtre comme lieu de représentation, la vidéo, la photo, le dessin et la peinture comme décors et la danse pour la mise en espace. Une synergie créatrice regroupant des talents et compétences pluriels pour un spectacle intimiste et populaire, un opéra pop de chambre.

- de la scénographe

En écoutant, puis en lisant le marquis roturier de Patrice Gomis, j’ai accepté naturellement de faire partie de ce projet. J’ai tout de suite été séduite par ce marquis si particulier, fruit du mélange de deux cultures. L’écriture tout en étant complètement nouvelle et inattendue, résonne au plus profond de moi.

La dimension onirique de mon travail, offre une passerelle concrète vers le monde abstrait du marquis, tout de musique et de poésie.

Au premier regard mon travail peut paraître plutôt réaliste, entre fermeté du dessin lui-même, et délicatesse irréaliste de la couleur qui l’accompagne. Mais à y regarder de plus près, l’apparente fermeté du trait est en fait une griffure, un gribouillage. Ce qui paraissait quiétude végétale peut se révéler minéral, ou animal. Toutes ces bizarreries, ces traits inattendus, s'harmonisent avec toutes les bizarreries du spectacle. Ce décor dessin, proche de la photographie au premier abord, nous transporte de manière inattendue, dans le monde du rêve sans que nous comprenions comment. Mais c’est cette trame cachée de gribouillages et de griffures qui donne une vibration presque surnaturelle.

- du metteur en scène

Le Marquis Roturier est un projet qui m’émeut car c’est en grande partie le journal intime romancé de l’auteur, la trace écrite d’un accomplissement de soi, méritant d’être incarné par le spectacle vivant. La musique lui aura permis d’exalter ses sentiments, de s’entendre, de s’écouter lui-même.

Cette introspection artistique l’aura impulsé vers une félicité sociale, vers autrui.
Et ces rencontres ne peuvent mieux être retracées que par un témoignage organique, là, à côté de nous, au théâtre. Moi-même étant le fils de l'auteur, ayant fait partie intégrante de certains évènements, ayant rencontré maint personnages de cette épopée, j’ai l’envie de participer à la création de ce poème merveilleux.

Pour la mise en scène de ce spectacle, trois aspects me séduisent particulièrement. Le premier est le format de comédie musicale. En effet, ce genre permet à la direction artistique de ne pas être contrainte par le réel, d’apporter une dimension poétique au projet. C’est d’ailleurs le sens même de la scénographie dessinée qui nous plonge dans un univers onirique.

Deuxièmement, faire exister un personnage scindé en deux caractères contraires est un travail passionnant qui me permettrait de donner forme à un concept qui est essentiel dans l'imaginaire collectif : la dualité.

Enfin, ce qui m’a particulièrement frappé à la réécriture de la pièce aux côtés de l’auteur, c’est le potentiel de mise en scène despersonnages secondaires. Ils ont tous un langage, une attitude qui leur est propre, déjà présente dans l’écriture. Mon objectif est de mettre en lumière la profondeur de l’identité de ces personnages,en travaillant notamment leur singularité, et en dégageant leur truculence.

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© Hélène Duplantier